L'ensemble Al-Kindî a beau s'être formé autour du virtuose de qanûn français Julien Weiss, il n'en est pas moins l'un des meilleurs défenseurs de la pureté des musiques classiques arabes profanes ou sacrées.
Portrait
Al-Kindî (Ensemble)
S'étendant aux chants classiques arabes, sacrés ou profanes, le répertoire de l'ensemble Al Kindî est l'un des plus purs du Proche et du Moyen-Orient. Les pièces jouées par cet ensemble basé à Alep, en Syrie, sont débarrassées de toutes ornementations ajoutées au fil du temps pour en faciliter l'écoute et le plus étonnant, c'est que ce rigoureux travail de restauration de l'authenticité est dû à un Français. Mi-Alsacien, mi-Suisse, Bernard Weiss est né à Paris en 1953. Au début des années 70, comme beaucoup d'adolescents de sa génération, ce guitariste de formation classique remet en question les valeurs bourgeoises de la culture occidentale et se laisse happer par la fièvre de la route. Ses voyages le mènent en Californie puis au Maroc. Il ouvre ses horizons culturels et se fait rebaptiser Julien par une jeune vénézuélienne. En 1976, à Paris, lors d'une soirée chez le futur ministre de la Culture égyptien, l'écoute d'un disque du joueur de oud irakien Mounir Bachir le bouleverse, au point qu'il abandonne la guitare classique et les harmonies jazz pour se lancer corps et âme dans l'étude du luth arabe et des lois raffinées régissant la musique microtonale orientale. Mais les limites de l'instrument le frustrent et, lorsqu'il découvre les richesses offertes par le cithare qanûn, la quête de Julien Weiss prend tout son sens. Dès lors, il parcourt l'Orient et, de Tunis à Beyrouth et de Bagdad au Caire, il suit l'enseignement de grands maîtres, notamment de Mounir Bachir dont il devient l'ami et en l'honneur duquel il composera une "Suite Bagdadienne" interprétée lors de la première édition du festival de Babylone. Car, peu à peu, Julien Weiss est devenu un virtuose du cithare trapézoïdale à caisse de résonance en peaux de poissons. C'est aussi un expert de la musique arabe classique, dominant toutes les complexités des gammes et des modes orientaux, ce qui le pousse à se faire construire un qanûn de 102 cordes au lieu des 78 habituelles. Il étend ainsi les possibilités de l'instrument à 5 octaves et peut interpréter, avec un seul instrument, les répertoires de toute la région. En 1983, il fonde l'ensemble Al-Kindî dont le nom fait référence au père de la théorie scientifique de la musique arabo-musulmane, un philosophe, mathématicien et astronome irakien du 9ème siècle. Al-Kindî est conçu comme un takht, un regroupement de solistes dont le joueur de ney Ziyâd Qâdî Amin, le luthiste Muhammad Qadri Dalal et le percussionniste égyptien Adel Shams el Din sont les piliers. Ensemble, ils explorent les répertoires classiques sacrés et profanes en recherchant les œuvres les plus authentiques et les moins connues. En 1986, le Français se convertit à l'Islam et devient Julien Jalal Eddine Weiss, en hommage au fondateur des derviches tourneurs. Seul ou avec Al Kindî, il accompagne de grands interprètes du chant profane ou sacré, tels le Tunisien Loufti Bouchnak, l'Irakien Hussein Ismâïl al Azami, les Syriens Sabri Moudallal et Omar Sarmini ou l'hymnode de la grande mosquée de Damas Sheikh Hamza Shakkûr. En 88, Julien Weiss dirige le festival de Musique de l'Université Euro Arabe de Bologne et reçoit l'Alma Mater Studiorum. Poussant toujours plus loin son immersion dans la culture orientale, Julien Weiss fait l'acquisition d'un palais Mamelouk, dans la ville syrienne d'Alep, réputée pour être une des villes les plus mélomanes du monde. Là, quand les prestigieuses tournées internationales et les enregistrements discographiques lui en laissent le temps, il se lance dans la rédaction d'un ouvrage théorique sur le qânun et les théories musicales arabo-musulmanes, mais surtout fait renaître une tradition sur le déclin. Dans son salon de musique, renouant avec d'ancestrales traditions, il convie régulièrement des musiciens, des voisins ou des étrangers de passage qui, autour d'une tasse de thé ou de café, partagent des heures durant les délices de la musique arabe classique la plus pure, qu'elle soit sacrée ou profane.
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